Space4Defense : l’expertise spatiale à la disposition des programmes de défense nationaux et internationaux

À l’occasion d’un récent workshop organisé par Skywin consacré à la thématique « Space4Defense » – nouvelle dimension de la feuille de route technologique et stratégique de la défense en Région wallonne (Belgique) – Gate.31 s’est entretenu avec le Dr. Bilal Outirba, chercheur senior à l’École polytechnique de Bruxelles et Project Liaison Officer pour Space4ReLaunch.

L’entretien dresse un panorama des compétences spatiales mobilisables pour répondre aux priorités nationales et aux dynamiques européennes et OTAN en matière de défense.

Dr. Bilal Outirba, chercheur senior à l’École polytechnique de Bruxelles et Project Liaison Officer pour Space4ReLaunch.

Pourriez-vous dresser un état des lieux des compétences existantes en Wallonie dans le domaine spatial appliqué à la défense ? 

La Wallonie, et par extension la Fédération Wallonie-Bruxelles, dispose d’un écosystème spatial solidement ancré dans l’ESA. Il est constitué des cinq universités francophones du pays, de dix centres de recherches en incluant les institutions fédérales collaborant déjà avec les acteurs wallons, et d’une trentaine d’entreprises, allant de la start-up aux grands groupes industriels reconnus au niveau international. 

L’ensemble des technologies développées par ces acteurs est à même de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeurs du satellite segment-sol-utilisateur. Et alors que la question de l’autonomie stratégique européenne pour l’accès à l’espace se pose plus que jamais, il paraît tout aussi important de mettre en avant les contributions wallonnes au développement et à la production des lanceurs européens, qu’il convient de soutenir.

Le tout est supporté par un certain nombre d’infrastructures comprenant des installations environnementales permettant de simuler des conditions de fonctionnement sévères spécifiques à l’espace, des laboratoires de fabrication allant du micro-usinage à la fabrication additive pour de larges pièces, des infrastructures massives d’essais pour des équipements de propulsion, sans oublier bien sûr le centre de cybersécurité IDELUX, comprenant un simulateur de crise, et un laboratoire de cryptographie quantique.

Dans quelle mesure ces compétences répondent-elles aux besoins actuels et futurs de la Défense belge ?

La Défense belge a récemment dévoilé sa feuille de route stratégique au niveau fédéral. Les priorités s’articulent autour de l’observation de la Terre, de la connaissance de la situation spatiale et du développement de technologies en VLEO, c’est-à-dire en orbite terrestre très basse (< 400 km). 

Ces compétences permettraient notamment de développer des capteurs d’observation de la Terre à haute résolution, notamment les capteurs infrarouges munis d’équipements auxiliaires (gestion thermique, vibratoires, mécanique) améliorant leur stabilité et leur précision, ou des réseaux d’antennes permettant de balayer l’ensemble du spectre RF.

De même, des opportunités existent concernant les algorithmes de traitement de données embarquées améliorés par l’intelligence artificielle, qui devront permettre une exploitation quasiment en temps réel. La data fusion est également un axe majeur de développement, et en vue de disposer de sa propre constellation d’observation de la Terre, des contributions sont possibles dans la production de masse et la standardisation de structures satellitaires pour constellations.

Enfin, le déploiement de satellites en VLEO nécessite une étude approfondie de son environnement, de systèmes de propulsion adaptés, et des plateformes satellitaires optimisées, que les acteurs R&D sont capables d’investiguer.

Comment situez-vous l’écosystème wallon par rapport aux grands domaines identifiés par l’OTAN 

L’écosystème wallon est relativement bien positionné par rapport à l’ensemble des domaines opérationnels définis par l’OTAN. 

L’expertise en capteurs hyperspectraux, notamment infrarouge, et composants optiques pour la surveillance permettent naturellement de le positionner sur le ISR et le SSA. Les tendances actuelles s’orientent d’ailleurs sur la miniaturisation de ces composants et sur l’amélioration de leur résolution, et sur l’implémentation progressive de l’intelligence artificielle dans le traitement des données, la data fusion, ou l’amélioration de la connaissance de la situation spatiale, et qui s’adaptent à l’ISR et au SSA. 

La recherche explore activement le développement de composants RF, d’antennes, et réseaux d’antennes pour du beamforming, ainsi que la sécurisation des communications par distribution quantique de QKD. Cela permet à l’écosystème de se positionner sur le SATCOM. 

Enfin, le développement de charges utiles, la mise au point de nombreux modèles de l’environnement terrestre et de l’océanographie, et l’expertise reconnue en météorologie spatiale, couvrant à la fois les instruments et les modèles prédictifs, constituent de solides atouts pour se positionner de manière crédible sur le domaine du METOC.

L’écosystème spatial wallon est cependant un peu plus en retrait sur la PNT (Positioning Navigation and Timing) et le SEW (Shared Early Warning). Des initiatives existent toutefois autour du développement de systèmes PNT plus résilients et plus précis ou de logiciels permettant la détection précoce de lancements de missiles balistiques.

« Défense spatiale en Région wallonne » (Belgique) – Workshop Skywin & JRI4SPACE, 23/02/2026.

Quelles opportunités concrètes identifiez-vous pour une participation accrue aux programmes internationaux, notamment ceux portés par l’OTAN, l’Agence européenne de défense ou le Fonds européen de défense ?

L’expertise de l’écosystème spatial wallon dans la conception et la fabrication de composants de satellites (parfois de niche) et de lanceurs devrait légitimement favoriser l’émergence de partenariats internationaux, d’autant plus que les perspectives de la Défense belge sont elles-mêmes alignées sur les priorités de l’OTAN et les initiatives du Fonds européen de défense – Dr. Bilal Outirba.

Du côté de l’OTAN, les opportunités les plus concrètes se situent en tant que fournisseur de capacités opérationnelles, notamment au niveau du développement de capteurs, du traitement automatisé et la fusion de données, la cyber-résilience des systèmes spatiaux, la fabrication de plateformes satellitaires et d’équipements, la mise à profit de capacités industrielles existantes ou à venir pour développer des constellations… la liste est encore longue et non exhaustive !

Enfin, à un niveau local, le spatial pour la défense pourra agir comme levier économique concret, en renforçant la compétitivité des entreprises wallonnes par l’amélioration du retour sur investissement, la progression sur l’échelle industrielle et par la création d’emplois qualifiés.

Texte & visuel ©️Gate.31

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