À l’occasion de la deuxième édition des États de l’Air Afrique, qui se tiendra à Dakar le 23 novembre 2026, Gate.31 a échangé avec Marc Houalla, président des ENAC Alumni et Marc Chiesa, président-directeur général de CGX AERO.
Formation, infrastructures, connectivité, innovation et performance opérationnelle : les deux dirigeants partagent leurs visions des enjeux et des leviers de développement du transport aérien sur le continent africain.

Marc Houalla, président des ENAC Alumni
L’Aviation africaine à la veille d’une transformation majeure
La croissance démographique, l’essor des échanges économiques et la nécessité de rapprocher les peuples et les territoires placent le transport aérien au cœur des ambitions du continent.
C’est dans ce contexte que la Journée des États de l’Air Afrique réunira les professionnels, les experts, les institutions et les acteurs engagés dans l’avenir du transport aérien africain.
Quels sont, selon vous, les grands défis que doit relever l’aviation africaine pour accompagner cette transformation ?
Plusieurs enjeux essentiels doivent être pris en compte à commencer par le développement aéroportuaire.
« Les infrastructures doivent accompagner l’augmentation des flux de passagers et de marchandises tout en répondant aux exigences de sécurité, de performance, d’accessibilité et de durabilité. Les aéroports africains doivent également devenir de véritables plateformes de développement économique au service des territoires et des populations » explique Marc Houalla.
L’usage des drones ouvre également de nouvelles perspectives dans des domaines aussi variés que la surveillance, la logistique, l’inspection des infrastructures, l’agriculture, la sécurité civile ou encore les opérations de santé et de secours.
« Le déploiement de ces technologies doit toutefois s’appuyer sur une réglementation adaptée, des compétences solides et une parfaite maîtrise des enjeux de sécurité et d’intégration dans l’espace aérien. »
Autre priorité : la connectivité du transport aérien intra-africain. Malgré les progrès réalisés, les liaisons entre les pays africains demeurent encore trop limitées, trop coûteuses ou insuffisamment coordonnées.
« Renforcer cette connectivité est indispensable pour favoriser le commerce, le tourisme, la mobilité professionnelle et l’intégration régionale. Elle doit répondre de manière efficace aux réalités et aux évolutions du continent. Cela suppose une coopération accrue entre les États, les compagnies aériennes, les aéroports et l’ensemble des acteurs de la chaîne aéronautique. »
La formation des jeunes cadres aéronautiques constitue-t-elle également un enjeu stratégique pour l’avenir du secteur ?
Absolument. Aucune stratégie de développement ne pourra être durable sans un investissement majeur dans la formation des nouvelles générations.
« L’Afrique a besoin de femmes et d’hommes capables de conduire les transformations du secteur, de maîtriser les nouvelles technologies, d’améliorer la performance des organisations et de porter une vision ambitieuse, responsable et panafricaine de l’aviation. »
Pour Marc Houalla, la formation ne doit pas être considérée comme une simple réponse aux besoins de recrutement. Elle constitue un investissement stratégique pour le continent.
« Il est essentiel de transmettre les savoirs et de permettre aux jeunes professionnels africains d’accéder à des responsabilités à la hauteur de leur talent et de leur engagement. »
Quel message souhaitez-vous faire passer à l’occasion de cette deuxième édition des États de l’Air Afrique ?
« Je forme le vœu que cette journée marque une nouvelle étape dans notre capacité collective à faire de l’aérien un puissant outil d’intégration, de développement économique, de transmission des savoirs et de prospérité partagée pour l’Afrique ! » – Marc Houalla
De la vision stratégique à la performance opérationnelle : le regard de Marc Chiesa
Développer les infrastructures, renforcer la connectivité et former les compétences de demain : les ambitions portées par Marc Houalla soulignent l’ampleur des transformations à conduire pour faire de l’aviation un moteur de développement du continent.
Mais comment traduire ces ambitions en résultats concrets sur le terrain ? La performance des aéroports, la maîtrise des données et le recours aux outils numériques constituent des leviers essentiels pour accompagner cette évolution.
C’est précisément sur ces enjeux que Marc Chiesa, président-directeur général de CGX AERO, apportera son éclairage lors des États de l’Air Afrique. Il interviendra à Dakar dans le cadre de la table ronde « Performance opérationnelle des aéroports africains : challenges, stratégies et perspectives ».
Spécialisé dans la gestion et le traitement des données géographiques et aéronautiques pour la performance opérationnelle et la prise de décisions dans l’aviation ainsi que dans l’ingénierie et l’accompagnement règlementaires liés aux acteurs du transport aérien, CGX AERO intervient aujourd’hui dans plus de 70 pays et dispose d’une filiale CGX AME (Africa & Middle East) d’une quinzaine de personnes en Tunisie.

Pouvez-vous nous présenter l’activité de CGX AERO et son rôle auprès des acteurs du transport aérien ?
« Notre métier consiste à gérer, publier, éditer et distribuer l’information aéronautique et accompagner réglementairement en tant que tiers indépendant de confiance nos clients. L’information aéronautique regroupe les informations « primaires » (les obstacles permanents ou temporaires à prendre en compte pour la navigation aérienne, de type antennes, bâtiments, grues, etc.) et les informations plus structurées supports du transport aérien : un aéroport (comme ses pistes, ses taxiways, ses équipements de guidage, etc..) jusqu’aux informations les plus élaborées (les points de navigations virtuels, les trajectoires de vol, les espaces aériens).
Toutes ces informations sont indispensables aux professionnels du transport aérien : compagnies aériennes, contrôleurs, pilotes, gestionnaires d’aéroports, etc. » explique Marc Chiesa.
Comment accompagnez-vous les acteurs de l’aviation civile face aux défis de performance, de sécurité et de durabilité ?
« Grâce à notre expérience, nous apportons aux acteurs de l’aviation civile les technologies et l’expertise nécessaires pour anticiper les évolutions du secteur et relever ses défis. L’enjeu est notamment de renforcer l’attractivité du continent auprès des compagnies aériennes car ce sont elles qui décideront d’accroître ou d’ouvrir les connexions internationales avec les aéroports en Afrique.
Notre approche repose sur un accompagnement dans la durée avec une présence à long terme et un soutien technique notamment en matière de maintenance et de conformité réglementaire. La priorité repose sur le transfert de connaissances et la mise en place de contacts locaux pour garantir les performances ! »
La donnée et le numérique au service de l’efficacité aéroportuaire
Comment les outils numériques et la donnée peuvent-ils aider les aéroports africains à gagner en efficacité ?
La première étape consiste à recenser les données nécessaires. On ne maîtrise que ce que l’on connaît !
Dans le cas d’un aéroport, cela passe notamment par la création d’un « jumeau numérique » tant de la zone aéroportuaire que de son environnement, dans toutes leurs dimensions. Ce modèle virtuel doit, bien entendu, être régulièrement mis à jour !
Une fois les données disponibles, il faut bien entendu y intégrer les règles métiers (« business rules ») afin d’analyser objectivement les différentes opérations possibles au sein d’un aéroport et d’apprécier les impacts des différents scenari d’évolution.

Images ©️CGX AERO
Dans ce modèle virtuel, il est aussi possible d’intégrer la composante « électromagnétique » et spécifications de navigation susceptibles d’influencer le transport aérien et ses performances.
« Les capacités de calcul et de modélisation jouent un rôle significatif dans l’efficacité opérationnelle des aéroports » – Marc Chiesa
Selon vous, quels leviers faut-il activer pour assurer le développement du transport aérien sur le continent africain ?
J’en vois deux. Le premier est humain puisqu’ il s’agit de la formation et de la rétention du personnel à savoir : investir dans la formation et faire en sorte que ces compétences restent sur le continent pour assurer le développement et la sécurité du transport aérien.
Le second est certainement la gestion des données ! Apprécier le potentiel d’un aéroport, anticiper son évolution et garantir la pérennité de son activité impliquent une gestion fine et adaptée de différentes surfaces de protection (versus la poussée immobilière verticale à proximité, par exemple). Cette approche constitue également un levier essentiel pour anticiper et favoriser, à terme, une cohabitation harmonieuse avec de nouveaux modes de transport hybrides tels que les VTOLs.
Les États de l’Air Afrique 2026 – Informations pratiques
Organisateur : ENAC Alumni
Date : lundi 23 novembre 2026
Programme complet et inscriptions 👉🏻 Etats de l’Air Afrique 2026

