Rencontre avec Tillo Vanthuyne, Président du Brussels Aerospace And Defence Group (BAG)

Qu’est-ce qui vous motive à donner davantage de visibilité aux activités du BAG ?
Je suis Président du BAG depuis peu, depuis la fin de l’année 2024. Mais au-delà de cette responsabilité, c’est surtout l’évolution de notre secteur qui me motive. Les programmes aéronautiques, spatiaux et de défense sont devenus beaucoup plus complexes et ambitieux. Aujourd’hui, aucune entreprise, aucun centre de recherche, aucune université ne peut relever seul les défis technologiques auxquels l’Europe est confrontée.
Et c’est précisément la raison d’être du BAG : rassembler les entreprises, les centres de recherche, les universités et les hautes écoles de la Région bruxelloise pour construire un véritable écosystème d’innovation.
Dans cette dynamique, le BAG fédère, promeut et défend l’ensemble des acteurs basés en Région bruxelloise actifs dans les secteurs de l’aérospatial et de la défense, qu’il s’agisse des centres de recherche, des hautes écoles, des universités ou des entreprises industrielles (start-up, PME et grandes entreprises).
Notre objectif est que Bruxelles soit reconnue comme pôle européen d’excellence en aéronautique, spatial et défense – Tillo Vanthuyne.
La souveraineté constitue aujourd’hui un enjeu majeur. Le contexte géopolitique a profondément évolué et l’Europe prend progressivement conscience que la sécurité et l’autonomie technologique sont étroitement liées. Dans ce contexte, les membres du BAG jouent un rôle essentiel dans le renforcement des capacités stratégiques européennes.
Un autre défi consiste à préserver et à renforcer le tissu industriel bruxellois. Nous constatons que certaines entreprises quittent la Région alors même que Bruxelles dispose d’atouts exceptionnels : des centres de recherche de renommée internationale, des universités, des hautes écoles, des PME et des start-up innovantes. Notre rôle est précisément de créer davantage de synergies entre tous ces acteurs.

Bruxelles bénéficie également d’un positionnement unique en Europe. Au-delà de son écosystème industriel, la Région accueille le siège de l’OTAN, la Commission européenne ainsi que de nombreuses organisations internationales. Peu de métropoles européennes réunissent une telle concentration d’institutions décisionnelles, de centres de recherche de renommée internationale, d’universités et d’entreprises de haute technologie.
Depuis sa relance en 2015, le BAG est devenu une organisation qui rassemble des entreprises, des centres de recherche et des universités partageant une ambition commune : renforcer l’innovation et l’excellence industrielle à Bruxelles – Tillo Vanthuyne
Même si la défense occupe aujourd’hui une place grandissante, il ne faut pas opposer les différents secteurs car les technologies sont de plus en plus « dual use. » Les frontières entre l’aéronautique, le spatial et la défense s’effacent progressivement. Le BAG a pour mission de réunir ces secteurs au sein d’un même écosystème pour accélérer l’innovation. Les universités jouent d’ailleurs un rôle essentiel dans cette dynamique. Sans talents, il n’y a pas d’innovation ! Il importe que les écoles d’ingénieurs et les universités forment les ingénieurs de demain tout en restant étroitement connectées aux besoins de l’industrie.
Le BAG représente ses membres auprès des autorités régionales, fédérales et européennes, tout en créant des opportunités de collaboration et d’innovation – Tillo Vanthuyne
Soutenir l’emploi en Région bruxelloise
Cette dynamique bénéficie également à l’emploi. Les secteurs de l’aéronautique, du spatial et de la défense génèrent des emplois hautement qualifiés et contribuent à l’exportation. C’est notamment pour cette raison que les autorités régionales soutiennent les activités du BAG et que de nouveaux membres, comme Sopra Steria ou Sphere Defence, ont récemment rejoint le Group.
Le BAG travaille également en étroite collaboration avec les autres écosystèmes belges tels que Agoria-FLAG (Flemish Aerospace Group), VRI (Vlaamse Ruimtevaartindustrie) et GIWAS (Industries Wallonnes Aéronautiques et Spatiales). L’objectif n’est pas de nous concurrencer mais, au contraire, de mettre nos complémentarités au service d’une ambition commune : renforcer la position de la Belgique dans les grands programmes européens et sur la scène internationale.
Le BAG met en avant la contribution du secteur à l’économie, à l’emploi, à la recherche et à la formation. Selon vous, les Bruxellois ont-ils pleinement conscience du poids stratégique de cette industrie ?
Je ne le pense pas. Les activités aéronautiques, spatiales et de défense menées à Bruxelles restent largement méconnues. Ce qui me frappe, c’est que Bruxelles possède des compétences qui participent directement aux grands programmes européens. Nous ne parlons pas d’activités marginales : nous parlons de technologies stratégiques développées ici, en Région bruxelloise !

Pour prendre l’exemple de SABCA, que je connais particulièrement bien, l’entreprise est le seul acteur européen à développer et fabriquer les systèmes de vecteurs de poussée pour l’ensemble des lanceurs spatiaux européens. Pourtant, ce savoir-faire reste trop peu connu. C’est aussi pour cette raison que nous souhaitons mieux faire connaître le BAG et ses membres afin de démontrer que Bruxelles est également un pôle d’excellence en matière de hautes technologies.
Nous souhaitons également transmettre un message positif aux jeunes diplômés en leur disant qu’il n’est pas nécessaire de partir à l’autre bout du monde pour participer à des projets passionnants. Les opportunités existent ici, à Bruxelles, dans des entreprises innovantes qui travaillent sur des programmes internationaux ambitieux.
Quel serait votre principal souhait pour le BAG ?
J’aimerais que le BAG devienne une organisation de référence pour les secteurs de l’aéronautique, du spatial et de la défense et que Bruxelles soit reconnue comme pôle d’excellence.
Cela signifie davantage de membres, une coopération encore plus forte avec nos partenaires belges et européens, une visibilité internationale renforcée et une participation accrue de nos membres aux grands programmes européens.
Quelle est votre vision du BAG à l’horizon 2030 ?
Tout au long de ma carrière, j’ai participé à de nombreux programmes internationaux impliquant des partenaires de toute l’Europe. J’ai toujours constaté que les plus grandes réussites naissent de la coopération.
C’est cette conviction qui m’anime, aujourd’hui, à la Présidence du BAG : construire un écosystème où entreprises, chercheurs, universités et pouvoirs publics travaillent main dans la main afin de stimuler l’innovation, renforcer la compétitivité et favoriser une croissance durable pour Bruxelles et pour la Belgique !
Parmi les membres du BAG :
Akkodis – BIRA-IASB (Institut royal d’Aéronomie Spatiale de Belgique) – Ecole Polytechnique de Bruxelles (ULB) – H2EB-ISIB (Haute école) – KMI-IRM (Institut Royal Météorologique) – KSB-ORB (Observatoire Royal de Belgique) – NEXAT – Safran – SABCA – Sopra Steria – Sphere Defense.

