Enabel : quand la coopération devient un atout stratégique pour la Belgique

C’est au cœur de Bruxelles, dans le quartier des Marolles, que nous avons rencontré Jean Van Wetter, le Directeur général d’Enabel, pour un échange consacré aux partenariats stratégiques de l’agence belge de coopération internationale. 

A la tête d’un portefeuille de plus de 200 projets dans 21 pays d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique, Enabel s’appuie sur l’expertise de quelque 2500 professionnel.les. 

Fort de plus de 20 ans dans la coopération internationale, la diplomatie et le leadership organisationnel, Jean Van Wetter a vécu et travaillé en Asie, en Afrique et et Europe.  Photo ©️ Enabel

Enabel veut passer d’une logique d’aide à une logique de partenariat. Qu’est-ce que cela change concrètement sur le terrain ?

Le monde évolue très vite et les notions Nord-Sud n’ont plus aucun sens à mes yeux : certains pays du Sud se sont enrichis en une génération, certains pays occidentaux se sont appauvris. S’ajoutent à cela des réalités démographiques différentes : la population européenne vieillit et celle de l’Afrique, beaucoup plus jeune, connaît une croissance démographique galopante.

Un constat s’impose à nous :  la notion d’aide au développement ne tient plus la route ! Parce que cette notion est née de l’ initiative des pays riches de l’OCDE qui, ensemble, définissaient les règles de développement des pays les plus pauvres. Aujourd’hui, les objectifs de développement durables adoptent des ambitions bien plus larges.

Sur le terrain, j’ai également constaté que la coopération se ‘limitait’ souvent au volet social sans réelle ouverture vers les niches à valeur ajoutée de la Belgique. Et cette réflexion s’est accélérée durant le covid… qui a mis en lumière, sur la scène mondiale,  le savoir-faire et le rôle stratégique de notre pays dans les essais, la production et la distribution des vaccins. 

Photo ©️Enabel

La coopération au développement doit s’attaquer à des défis mondiaux communs qui ont une incidence sur tous les pays, créant un impératif de bénéfice mutuel – Jean Van Wetter.

Le même raisonnement vaut pour le climat. Grâce à l’action d’Enabel, 823 000 hectares de terres ont été restaurés ou protégés, 120 000 producteurs ont engagé une transition agroécologique et 540 000 personnes ont renforcé leur résilience face au changement climatique.

Le climat, la biodiversité ou la sécurité alimentaire ne s’arrêtent pas aux frontières européennes. Chaque hectare restauré et chaque communauté plus résiliente contribuent aussi à notre sécurité collective.

Des partenaires plus prospères deviennent des clients, des fournisseurs, des investisseurs et des alliés plus solides pour la Belgique – Jean Van Wetter

Enabel travaille avec plus de 60 partenaires belges. Pouvez-vous citer l’un ou l’autre exemple concret de l’apport de ces partenariats aux pays partenaires ?

Pour rependre l’exemple du secteur pharmaceutique, au Sénégal et au Rwanda, nous travaillons notamment à la certification de vaccins. Dans ce cadre, nous collaborons avec l’Agence fédérale des médicaments qui nous aide à la certification et la mise en place d’agences locales du médicament en Afrique.
Enabel intervient aussi au Port de Cotonou. Son rôle est de faire en sorte que le port soit plus performant, mieux intégré aux corridors régionaux, plus professionnel et plus durable sur le plan environnemental. Pour certains volets de ce projet, nous collaborons avec les douanes belges.

Enabel se base sur un catalogue d’expertises belges qui peuvent intervenir sur des projets de coopération. En combinant expertise et investissement,  nous transformons des ambitions communes en actions concrètes, au service d’une croissance inclusive et créatrice d’opportunités économiques locales – Jean Van Wetter 

Photo ©️Enabel

Pouvez-vous citer quelques exemples d’expertises belges sur lesquelles Enabel peut s’appuyer ? 

Je pense notamment à la logistique portuaire, au secteur pharmaceutique, aux systèmes de santé ou encore à l’agroalimentaire. Mais les possibilités sont évidemment bien plus nombreuses…

Et pour citer un exemple en lien avec l’aviation, l’Union européenne a confié à Enabel la mise en œuvre d’un programme à l’aéroport de Bujumbura au Burundi. L’objectif étant d’améliorer les services et la sécurité aéroportuaires, de renforcer la connectivité du pays et, plus largement, de contribuer à son développement économique.

Ce type d’initiative, qui vise notamment à mettre l’aéroport en conformité avec les normes internationales du transport aérien, constitue clairement un win-win à la fois pour le Burundi et pour la Belgique. En améliorant les services et la sécurité aéroportuaires, nous contribuons à créer les conditions qui permettent à Brussels Airlines de poursuivre ses liaisons vers l’Afrique et à Brussels Airport de conforter son rôle de plaque tournante des voyages vers le continent africain – Jean Van Wetter.

Vous avez signé un partenariat pour intégrer les solutions Odoo chez Enabel. Voyez-vous la possibilité de contribuer à faire connaître Odoo à l’international ? 

Odoo n’a pas besoin d‘Enabel pour approcher le marché international et ce n’est pas notre rôle de faire la promotion d ‘Odoo, mais en travaillant ensemble, on peut améliorer notre impact sociétal collectif, et faire que 1+1 = 3.

En Afrique par exemple, de nombreux micro entrepreneurs cherchent des accès aux financements pour pouvoir grandir et formaliser leur entreprise. Une licence Odoo leur permet de professionnaliser rapidement leur gestion et de passer d’une économie informelle à l’économie formelle. En quelque sorte, Odoo peut, à sa manière, contribuer à la coopération au développement (sourire). Et c’est là que notre partenariat prend tout son sens.

Enabel est une société anonyme de droit public à finalité sociale. Comment combiner la vocation sociale et la création d’opportunités économiques locales ?  

Il faut séparer le but du moyen ! 

Le rôle d’Enabel n’est pas d’ouvrir des marchés à des entreprises spécifiques. Notre mission est de travailler avec nos partenaires pour créer un environnement favorable à l’investissement, à l’entrepreneuriat et au développement du secteur privé. Ce faisant, nous contribuons à l’émergence de marchés plus attractifs et plus stables, ce qui crée aussi, à terme, de nouvelles opportunités pour les entreprises belges. Et pour ce faire, nous devons bien connaître les entreprises. 

Nous travaillons également à l’amélioration des finances publiques et la mobilisation des recettes nationales afin de permettre à l’État d’investir davantage dans les services publics et les infrastructures dont les citoyens et les entreprises ont besoin.

Pensez-vous que les entrepreneurs et les pouvoirs publics belges soient conscients du rôle de « connecteur » que peut jouer Enabel sur la scène internationale ?

Non pas suffisamment. Je constate néanmoins que certaines entreprises prennent progressivement conscience de l’évolution du monde dans lequel nous évoluons. Je rencontre, par exemple, des CEO qui encouragent leurs collaborateurs à voyager, à aller sur le terrain et à constater par eux-mêmes à quel point le monde change. L’Europe n’est plus le centre du monde !

Pour optimiser encore le rôle d’Enabel et, plus largement, celui de la coopération internationale, nous avons besoin de davantage de stratégie. Nous devons pouvoir nous inscrire dans une politique internationale qui soit claire : dans quels pays souhaitons-nous, en priorité, être présents et quelle politique industrielle (quelles filières et quels secteurs ) souhaitons-nous privilégier ?

Enabel est bien davantage qu’un acteur de la coopération internationale. Dans un monde marqué par une concurrence géopolitique accrue, elle contribue à renforcer la présence, l’influence et les intérêts de la Belgique à l’international – Jean Van Wetter. 

En soutenant la stabilité, la croissance économique, la bonne gouvernance et le développement du secteur privé dans nos pays partenaires, nous contribuons à créer les conditions d’échanges économiques, d’investissements et de partenariats dont bénéficie également la Belgique.

Chaque euro investi dans la coopération internationale est aussi un investissement dans un monde plus stable, dans de nouvelles opportunités économiques et dans le rayonnement de notre pays – Jean Van Wetter.

Le retour sur investissement ne se mesure pas uniquement en termes financiers, mais aussi en influence, en accès à des marchés stratégiques, en partenariats durables et en capacité à défendre nos intérêts dans un monde de plus en plus compétitif.

Dans ce contexte, Enabel constitue un atout stratégique majeur pour la Belgique : une Belgique ouverte sur le monde, capable de créer de la valeur partagée tout en défendant ses intérêts à long terme.

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